Pourquoi la bataille de Port-Réal nous a-t-elle désarmés ?

Publié le 15 mai 2019
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La note de La Pellicule : 7.5

9 familles se disputent le royaume de Westeros tandis qu’un ancien ennemi refait surface…

Production : HBO

Créateur(s) : David Benioff, D.B Weiss

Nationalité : U.S

Saison en cours : 8

"The bells" traite avant tout d'une femme qui brûle, ou crucifie quiconque se met en travers de son chemin

La semaine dernière, nous assistions à la descente dans la folie de Daenerys. La mère des dragons se voyait dépossédée de ses derniers biens et la bataille de Port-Réal semblait inévitable. Cette semaine, nous nous retrouvons pour parler de l’avant-dernier épisode de Game Of Thrones, intitulé « The Bells » (Les cloches).

Attention SPOILER : cet article est susceptible de contenir des spoilers. Si tu ne veux pas prendre de risque, il est conseillé de revenir après le visionnage pour le consulter !

Retrouve également le TOP 10 des morts les plus marquantes de cette saison 8 de Game of Thrones !

En cette saison finale, les épisodes ont pris la fâcheuse habitude de diviser le public. La déferlante de critiques qu’a engendrée la bataille de Winterfell paraît maintenant bien pâle face à ce cinquième épisode. Indéniablement, à mesure que nous approchons de la fin de la série, les avis se font plus tranchés, et les fans plus pointilleux, au risque de nous faire oublier l’essence même de Game of Thrones

Varys, une mort gratuite ?

L’épisode s’ouvre donc sur Varys orchestrant un ultime complot. Il écrit probablement aux seigneurs de Westeros pour révéler la véritable identité de Jon Snow. Tyrion le dénonce rapidement. La colère de Daenerys ne se fait pas attendre et l’homme est brûlé vif par Drogon.

La mort de Varys, aussi expéditive soit-elle, annonce une Mère des Dragons impulsive pour cet épisode. L’exécution de ce dernier paraît prématurée et on aurait apprécié une dernière manigance plus effective. Peut-être nous réserve-t-il une conspiration post-mortem pour le prochain épisode ?

Même si Varys meurt dignement, la suite d’action menant à sa condamnation reste discutable. Quelques scènes expédiées, Tyrion crève l’abcès, puis trahit à son tour Daenerys en libérant Jaime. Aucune cohérence pour le nain en ce début d’épisode, qui semble être au paroxysme de la dissonance cognitive.

Daenerys, briseuse de chaînes, tante de Jon Snow

L’autre moment fort de ce début d’épisode est évidemment l’explication entre Jon Snow et Daenerys. La scène est touchante et dépeint parfaitement le désespoir dans lequel se trouve la Mère des Dragons. Dans un élan vain, elle s’accroche à tout ce qui pourrait encore la préserver de l’insanité : son amour pour Jon.

Hélas, ce dernier lui fait subtilement comprendre que s’il lui obéit, ce n’est pas par amour, mais par allégeance. L’évolution du personnage de Daenerys est tragique. La jeune femme avait su se défaire de tous ses carcans et s’entourer de personnes aimantes, qui la respectaient. En deux saisons, elle a perdu une grande partie de ses proches et sa motivation, qui n’est même plus légitime, n’est animée que par le désir de venger sa famille.

Daenerys : Mad Queen confirmée

Venons-en donc au sujet qui fâche. Après une blitzkrieg visuellement irréprochable aux portes de Port-Réal, Daenerys se trouve en position de force. Les cloches sonnent, et annoncent la reddition de la capitale. Vient une scène où l’instant se fige. Les pensées s’entrechoquent dans la tête blonde. « Ça sera la peur ». Daenerys et Drogon s’envolent et vont brûler la ville entière avant d’atteindre le Red Keep.

Présenté de cette manière, le dénouement de l’affrontement qui nous avait tant été teasé paraît un peu précipité. Certains crieront même à l’illogisme total dans la construction du personnage de Daenerys. C’est à ce moment précis que j’aimerais vous présenter ce qui, selon moi, fait l’essence de Game of Thrones, dont je parlais plus haut.

port real game of thrones
© OCS

Une série peu commune

Nous parlons ici d’une série TV (on a tendance à l’oublier) qui a su nous présenter des personnages aussi humains que vous et moi. À jamais les codes de l’heroic fantasy faisant triompher le bien, et condamnant le mal. Le manichéisme auquel nous sommes accoutumés dans les séries, mais aussi au cinéma n’a clairement pas sa place dans Game of Thrones, et c’est ce qui fait sa grandeur… mais aussi sa faiblesse.

En effet, qui a envie de se voir épris de compassion pour la plus vicieuse et manipulatrice des protagonistes ? Qui a envie d’assister au génocide mené par la tête d’ange qui a failli dans la promesse d’une fin à l’eau de rose ? Game of Thrones intrigue autant qu’il ne dérange lorsque l’on s’essaie à ses questions.

Chaque personnage reflète en quelque sorte la réalité, grâce à des psychologies complexes. Le cheminement de leur pensée nous est dépeint au cours des épisodes et nous rend témoins d’actes que l’on peut cautionner, ou réfuter. Les clés nous sont données et l’approche émotionnelle de chacun le laissera abasourdi, ou satisfait.

Un destin inévitable

Dans le cas de Daenerys, que nous suivons depuis la première saison, il faudrait être de mauvaise foi pour ne pas reconnaître l’ambiguïté qui plane au-dessus du personnage. Il faut dire que le voyage fut assez long et périlleux pour procurer à la Mère des Dragons autant de pouvoir que de narcissisme. Despote dans ses heures les plus sombres, Daenerys laissait présager une impartialité à toute épreuve. The bells traite avant tout d’une femme qui brûle, ou crucifie quiconque se met en travers de son chemin plutôt que d’une femme qui se destine à faire le bien à tout prix.

Comment, donc, s’offusquer lorsque la série exécute ce qu’elle a préparé pendant des années ? Lorsqu’un personnage qui nous est cher meurt, nous sommes choqués et attristés. Par contre, lorsqu’un personnage, apparemment vecteur de bien et de paix se change en antihéros, tout le monde s’affole. Mais n’est-ce pas là ce que Game of Thrones fait de mieux, détruire ce que l’on prend pour acquis pour reconstruire ensuite ?

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Benjamin Ramet

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