C'est presque un tour de force de pouvoir monopoliser l'attention à ce point en seulement quelques épisodes !

Après Game of Thrones qui se terminait dans le sang et les larmes la semaine dernière, HBO parvient à garder le cap avec sa nouvelle mini-série: Chernobyl. Diffusée depuis le 06 Mai, cette pépite à la réalisation soignée nous fait revivre la catastrophe nucléaire de 1986. Les centrales nucléaires et les drames qu’elle peuvent causer ne sont que très rarement représentés au cinéma, et Chernobyl a le mérite de les mettre en lumière…

La mini-série se compose de 5 épisodes. Nous en sommes actuellement au troisième et on a déjà l’impression d’avoir vécu maintes épreuves, d’avoir subi les pires sévices. En effet, à chaque épisode, Chernobyl sait captiver son audience pour ne relâcher la pression qu’une heure après, lorsque le dégoût et la perplexité sont à leur comble… C’est presque un tour de force de pouvoir monopoliser l’attention à ce point en seulement quelques épisodes !

Dès le début, une tension palpable

La série s’ouvre sur le suicide du physicien nucléaire Valeri Legassov, deux ans après les incidents qui feront l’objet de tout notre intérêt. Cet avant-goût reflète assez bien la série et les cas de conscience auxquels elle nous confrontera. Alors, nous suivrons l’histoire vraie de ces hommes tiraillés entre leur devoir et leur morale, impuissants face à l’ampleur des dégâts que l’Homme peut causer.

Chernobyl et la richesse des points de vue

La grande force de Chernobyl réside en sa capacité à nous faire voyager d’un point de vue à un autre. Ainsi, le public mesure à chaque scène un degré d’horreur et de mensonge différent.

Dans un premier temps, nous retrouvons donc le point de vue du personnel de la centrale. Ouvriers et cadres se justifient, à l’idée de leur implication dans cette tuerie de masse involontaire. Ces derniers jouent de concert avec le gouvernement pour dissimuler la responsabilité de l’union soviétique, dans un contexte de guerre froide. L’emmêlement d’insouciance, de désinformation et de déresponsabilisation qui suit l’explosion de la centrale nucléaire est presque aussi sombre que la catastrophe elle-même.

Viennent ensuite les civils de Prypiat. Ces derniers baignent dans une candeur horrifique jusqu’à devenir ensuite les souffre-douleurs d’une erreur qui n’est pas la leur. La sécurité et l’instruction des civils n’est clairement pas une priorité. Ce manquement donne lieu à une séquence qui m’a particulièrement marqué. À la lumière des radiations, les enfants dansent et leurs parents rient. Inconscients de ce qui est en train de se jouer, les familles tutoient les particules. Le tableau est terrifiant et révèle la qualité de la réalisation de Chernobyl. La musique lancinante couplée au ralenti ne fait qu’appuyer cette ambiance pesante, que seul le spectateur est capable de comprendre.

Le dernier point de vue que nous offre la série, c’est bien entendu celui des scientifiques. En fait, le spectateur s’identifie facilement à Valeri Legassov et Khomyuk , qui semblent être les seuls personnages lucides sur la situation. On saluera d’ailleurs la prestation grave de Jared Harris, que nous avions retrouvé dans The Terror, l’année dernière. Nous nous retrouvons donc à défendre leur point de vue éclairé parmi une foule d’oppresseurs prêts à tout pour sauver leur réputation.

Un clivage au cœur de la série

chernobyl hbo mini serie
© OCS

Au-delà de son récit historique, Chernobyl met le doigt sur une problématique intemporelle. La série aurait pu relater la catastrophe de manière totalement objective et factuelle. À la place, elle parvient à nous interroger sur le clivage entre les élites du monde, et les peuples. Le mensonge y est si plausible que nous nous y projetons avec une facilité déconcertante: sommes-nous à l’abri, d’abord du nucléaire, mais plus globalement, du mensonge de nos dirigeants ?

Benjamin Ramet

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