Striking Vipers casse les codes: Black Mirror

Publié le 6 juin 2019

"L'un c'est un solo de guitare et l'autre, tout un putain d'orchestre."

La nouvelle saison de Black Mirror débarque timidement sur Netflix. Avec ses trois épisodes longs d’une heure, la série n’en contentera que très peu. Néanmoins, nous commençons avec un épisode intéressant, qui redéfinit nos perspectives et casse les codes: il s’agit de Striking Vipers.

Attention SPOILER : cet article est susceptible de contenir des spoilers. Si tu ne veux pas prendre de risque, il est conseillé de revenir après le visionnage pour le consulter !

Un repère hétéronormé

Nous faisons donc la connaissance de Daniel et Karl. Les deux hommes se retrouvent pour un anniversaire, des années après la fac et leurs soirées devant la console. Chacun d’eux a évolué en suivant un chemin différent, mais reflète inéluctablement une norme que l’épisode tentera de déconstruire par la suite.

Daniel et Karl

Daniel est le cliché de l’homme dans une famille nucléaire. Il a fondé une famille avec sa compagne de l’époque, semble déterminer à concevoir un deuxième enfant et se retrouve finalement piégé dans une routine qu’il n’a pas vu venir. Son meilleur ami, Karl, est plus volage et paraît très sensible aux atouts féminins. On ne pouvait rêver meilleur point de départ qu’un cadre parfaitement rigide pour ce premier épisode de Black Mirror.

Un cadeau vient tout bousculer

Karl offre à Daniel la nouvelle version du jeu sur lequel ils se combattaient durant des nuits entières. À la manière d’un Tekken ou d’un Mortal Kombat, Striking Vipers X permet aux deux joueurs de s’affronter en prenant possession d’un avatar dans un cadre spécifique.

Dans un futur proche, les combats 1v1 ont quelque peu changé et la réalité virtuelle y est maintenant totalement intégrée. Il ne faut q’une manette et une puce placée sur la tempe pour ressentir le moindre coup, la moindre douleur… et la moindre sensation.

Roxette et Lance

Les meilleurs amis se connectent. Daniel est Lance. Karl est Roxette. Les dès sont jetés et l’esprit Black Mirror opère enfin. À l’issu d’un round intense, les deux combattants s’échangent un baiser et le malaise s’installe. Malgré la déconnexion éclaire de Karl suite à cet incident, les deux amis prendront part, tous les soirs, à un rituel aussi sexuel que virtuel, délaissant tous deux leur femme respective.

striking vipers lance et roxette
© Netflix

On nous sert donc un début de romance hétérosexuelle entre deux personnages fictifs. Le problème dans tout ça, c’est bien entendu que les hommes aux commandes, Daniel et Karl s’interrogent quant à leur sexualité. Sont-ils des homosexuels refoulés ? Crier à l’épisode gay-friendly serait une facilité, et je pense que la réflexion menée est en fait beaucoup plus profonde.

Le couple exclusif: Striking Vipers casse les codes

La chute de cet épisode est sobre mais très parlante. Elle reflète la quête de bonheur et d’extase qu’ont menée les protagonistes. En effet, un accord est passé entre Daniel et sa femme: tous les ans à son anniversaire, ils pourront s’offrir un autre corps que celui de leur compagnon/compagne. Nul doute quant à Daniel, qui retrouvera sa manette et sa puce.

Striking Vipers est à contre-courant de cette idéologie du couple exclusif dans lequel nos mœurs nous ont enfermés. Cet épisode, c’est une heure de lutte de la nature contre la culture, pour au final nous interroger. À quoi bon se priver du bonheur ?

L’identité: Striking Vipers casse ENCORE les codes

Dans Striking Vipers, on aborde les questions d’identité de genre et d’identité sexuelle avec un nouveau regard. La réalité virtuelle permet des prises de conscience étonnantes. Vient un moment où Karl décrit la sensation d’être femme, et commence à comparer l’orgasme féminin à l’orgasme masculin. « L’un c’est un solo de guitare et l’autre, tout un putain d’orchestre » dit-il. Karl, alors en pleine confusion, a l’air catégorique sur le bonheur qu’il ressent lorsqu’ils est une femme. Bien que la notion soit totalement subjective, elle pose là une subtilité. Et si notre identité, le « moi », tel que nous le définissons, n’était rien qu’un attachement à un ensemble de sensations que l’on connaît ? Qu’adviendrait-il de cette identité si un jour, comme ce fut le cas dans cet épisode, nous goûtions à d’autres sensations ?

Benjamin Ramet

Dernières séries

Me contacter

Téléphone : 06.26.61.17.71

ou