Woman at War

Publié le 2 mars 2019

Halla, la cinquantaine, déclare la guerre à l’industrie locale de l’aluminium, qui défigure son pays. Elle prend tous les risques pour protéger les Hautes Terres d’Islande… Mais la situation pourrait changer avec l’arrivée inattendue d’une petite orpheline dans sa vie…

La modestie d'une super héroïne

Des paysages frais, une révolte écologique et un brin dé féminisme. Voici les ingrédients qui ont permis à Benedikt Erlingsson de concocter Woman at War, film islandais présenté au Festival de Cannes 2018.

Halla (Halldóra Geirharðsdóttir), femme d’une cinquantaine d’années, entreprend une lutte contre une usine d’aluminium qui nuit au paysage et à la nature islandaise. Notre héroïne moderne s’attaque ainsi aux lignes à haute tension, directement exploitées par l’industrie. En même temps, la procédure d’adoption qu’elle avait lancée quelques années auparavant se concrétise.

Une héroïne de la routine

Si la première séquence nous promet un vent de révolte et élève nos exigences quant au dynamisme du film, ce dernier échoue à nous rendre ce que l’on attendait.

Après la première opération secrète de Halla, on s’intéresse à la vie quotidienne d’une femme on ne peut plus banale. Quelques petites scènes nous indiquent par-ci, par là que c’est une rebelle. Sa cave est en fait un repère à partir duquel elle organise tout et son complice est un membre de sa chorale. Personnage d’ailleurs très peu développé à qui l’on peine à donner un rôle dans la révolte entreprise.

Le peu de fois où le spectateur pourrait être pris dans l’action, il est stoppé net par des musiciens de Free Jazz en arrière plan, qui se chargent de la bande son du film. On pourrait voir en eux des militants qui apportent un soutien à l’héroïne mais il contribuent plus à casser un dynamisme déjà boiteux qu’à donner un souffle à l’action.

Une background story superflue

Nous sommes ensuite pris dans une histoire de second plan. Halla est sur le point d’adopter une petite ukrainienne et cela va contrarier ses plans. Enfin… jusqu’à ce que le Deus Ex Machina fasse son effet. Un spectateur un minimum attentif le verra arriver de loin. À mon sens, cette histoire d’adoption parasite le sujet principal et n’est là que pour renforcer le côté indépendant de Halla : oui, c’est une femme qui adopte sans l’aide de son mari ! Comme si c’était épique. Il faut dire qu’en regard de la stérilité de l’écriture, on avait bien besoin de cette background story pour nous forger un avis sur le personnage.

Woman at War essaie également d’être comique, grâce à ce pauvre touriste qui se trouve toujours au mauvais endroit au mauvais moment. Un comique de répétition qui devient lourd à mesure que l’on progresse et qui a l’aspect d’une tentative d’insertion de reliefs sur un terrain un peu trop plat. C’est quand même un comble pour l’Islande.

Sensibilité et force

Il est tout de même important de souligner la performance de Halldóra Geirharðsdóttir qui a semblé avoir un gant trop petit pour sa main. Son regard empli de détermination, de hardiesse et de tendresse n’aurait pas manqué de nous emporter si tant de contraintes ne lui avaient pas fait obstacle.

Woman at War est un film intéressant sur le fond. On traite ici de l’égalité des droits de la Nature et des droits des Hommes. En revanche, la forme est insipide et le spectateur est laissé avec l’impression d’avoir regardé en 1 heure 40 ce qu’il aurait pu visionné en la moitié de ce temps.

Benjamin Ramet

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