Us

Publié le 21 mars 2019

De retour dans sa maison d’enfance, à Santa Cruz sur la côte Californienne, Adelaïde Wilson a décidé de passer des vacances de rêves avec son mari Gabe et leurs deux enfants : Zora et Jason. Un mal refait surface pour confronter la famille… à elle-même.

Us est la définition parfaite de l'inquiétante étrangeté

Après Get Out, sorti en Mai 2017, Jordan Peele nous livre sa deuxième réalisation : Us. Dans les années 80, une enfant s’égare lors d’une fête foraine et se retrouve seule face à son alter ego. Il serait difficile d’en dire plus sur le synopsis sans révéler des éléments qui gâcheraient les surprises et les nombreux twists du film. Il sera ici plus intéressant de parler de l’ambiance et de la direction artistique qui sauront à eux seuls, piquer votre curiosité.

Des motivations mystérieuses

Us repose sur des protagonistes confrontés à leur alter ego diabolique. Appelons-les ici des « doubles ». Leur existence est dévoilée assez tôt dans le film, et la question ne sera pas tant de savoir s’ils sont réels, mais plutôt de savoir quelles sont leurs motivations. C’est cet axe que choisit Jordan Peele pour développer son long métrage.

Méticuleusement, le réalisateur parsème ça et là les informations qui permettront au spectateur de se faire une idée de ce qu’il se passe dans un monde dérangé. Si la toute fin nous donne clairement les clés du film, la noblesse de Jordan Peele nous laisse interpréter les faits à notre sauce jusqu’au dernier moment. C’est une chose appréciable dans un paysage cinématographique américain où l’on dit souvent plus que ce que l’on ne montre.

Us est un film étrangement inquiétant

Us est la définition parfaite de l’inquiétante étrangeté. On se demanderait même si Jordan Peele ne s’est pas levé un matin avec la volonté d’illustrer la vallée de l’étrange dans un film. Les doubles sont physiquement identiques, mais présentent quelques différences psychiques angoissantes lorsque l’on s’attarde sur eux. L’exploitation du phénomène amène un malaise dans un film déjà truffé de suspens.

Le réalisateur parvient à intégrer chacun de ses protagonistes dans un couple schopenhauerien. C’est un des atouts du film, qui le démarque d’autres productions manichéennes coincées dans leur modèle. Us force l’implication du spectateur, le faisant jouer sur plusieurs fronts à la fois. Les protagonistes sont rapidement développés et l’exposition de leur psychologie est valorisée par l’arrivée de leurs antagonistes respectifs.

Une direction artistique marquante

Us restera dans nos mémoires grâce à une direction artistique remarquable. Après les tronçonneuses, les couteaux et compagnie, on passe aux ciseaux. Et mine de rien, on s’en souviendra. Le choix des costumes est aussi un aspect important de la personnalité du long métrage.  Les doubles diaboliques portent des tuniques rouges, couleur tape à l’œil aux multiples symboliques. On retiendra ici le sang et le passage à l’acte.

En parlant du rouge, je ne peux pas m’empêcher de penser à Elisabeth Moss (The Handmaid’s Tale). Elle semble abonnée aux tuniques rouges, pour notre plus grand plaisir. Sa prestation est bien entendu au rendez-vous, même si on aurait aimé lui voir confié un rôle un peu plus impactant. Plus largement, les acteurs livrent un jeu de qualité et nous offrent plusieurs versions d’un même personnage dans la même scène, un peu à la manière de Seven Sisters.

La bande originale est également à noter. La chorale, glauque sur les bords, est utilisée aux paroxysmes d’une étrangeté dont je parlais plus haut. Jordan Peel nous livre donc un film assez homogène et plus construit que Get Out.

Une entrée en matière fragile

Si la richesse de la proposition de Jordan Peele est indéniable, on pourrait tout de même lui reprocher une entrée en matière trop brute. Malgré les deux heures de film, la première demie heure paraît expédiée et les premières péripéties n’ont pas l’impact qu’elles devraient avoir à mon sens.

Notre attachement aux personnages est insignifiant lorsque l’heure est venue de nous inquiéter pour Zora Wilson et sa famille. Il aurait été intéressant de supprimer les séquences avec leurs « amis » qui n’apportent pas grand chose au récit à part des scènes de survival un peu trop clichées.

Pour finir, l’utilisation du ton humoristique est maladroite. Toujours dans l’optique de plonger le spectateur dans un sentiment mêlé de compassion et d’angoisse, certaines scènes n’auraient pas dû être tournées à la dérision.

Us et Get Out, deux films liés ?

Bien que la filmographie de Jordan Peele soit assez restreinte pour le moment, certains thèmes en ressortent de manière évidente. Tout d’abord, l’Existence semble lui être chère. Ses personnages se retrouvent toujours dans une position dans laquelle ils démontrent leur volonté de vivre. Et j’entends vivre au sens large du terme, c’est-à-dire mener une existence indépendante.

Dans ses deux films, la population noire américaine est au cœur de l’intrigue et semble être victime d’organisations sectaires dont elle doit s’affranchir. On pourrait facilement faire un raccourci entre les afro-américains confrontés au Ku Klux Klan… Mais est-ce là son objectif ?

En tout cas, j’aime à penser que Jordan Peele transpose l’Histoire dans un monde irrationnel qui n’a de limite que son interprétation. Et c’est ce qui fait tout la singularité de ce réalisateur montant.

Benjamin Ramet

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