Ma vie avec John F. Donovan

Publié le 16 mars 2019

Dix ans après la mort d’une vedette de la télévision américaine, un jeune acteur se remémore la correspondance jadis entretenue avec cet homme, de même que l’impact que ces lettres ont eu sur leurs vies respectives.
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La note de La Pellicule : 8

Ma vie avec John F. Donovan poster

Réalisateur : Xavier Dolan

Nationalité : Canada

Genre :

Avec : Kit Harington, Natalie Portman, Susan Sarandon, Jacob Tremblay

Sortie : 13 Mars 2019

Durée : 2h 03min

Récompenses : Pas encore de récompense

Xavier Dolan signe ici sa plus grande introspection

En 2016, Xavier Dolan présentait son film Juste la fin du monde au Festival de Cannes et en ressortait avec un Grand Prix. « Votre amour me laisse croire qu’il me faut faire des films qui me ressemblent avec le cœur, à l’instinct, sans compromis, sans céder à la facilité. » déclara-t-il lors de son discours. Trois ans plus tard, son film Ma vie avec John F. Donovan fait résonner ses mots, comme l’écho d’une promesse solennelle.

Un travail de longue haleine

Souvent controversé mais toujours récompensé, Xavier Dolan s’attaque aux États-Unis avec ce nouveau long-métrage. Son casting prestigieux, composé notamment de Natalie Portman et Kit Harington, vient appuyer l’ambition du jeune réalisateur. La post-production fut laborieuse et ce contexte reflète la recherche d’une authenticité optimale à laquelle est confrontée Xavier Dolan. Le film durait à l’origine plus de trois heures, et le personnage de Jessica Chastain a été totalement éclipsé afin d’épurer une oeuvre probablement trop disparate.

Des décisions et rebondissements qui en disent déjà long sur le soucis du détail et la volonté de Dolan de se présenter sous son meilleur jour; ou du moins, sous son jour le plus sincère. Il serait ,en fait, difficile de ne pas voir en Ma vie avec John F. Donovan l’exutoire des craintes, et le déversoir des passions de son géniteur.

Trois axes, deux personnages, une leçon

Ma vie avec John F. Donovan se concentre sur deux personnages : Rupert Turner (Jacob Tremblay) et John F. Donovan (Kit Harington). L’un est un enfant d’une douzaine d’années, l’autre est une star de télévision adulée. Le jeune Rupert va parvenir à développer une relation épistolaire avec son idole et toute la poésie de Xavier Dolan en découlera.

Le film s’ouvre sur deux séquences entrecoupées, au rythme effréné. Comme imprégnées d’un venin caustique dévoilant une mort inévitable à sa victime, chaque séquence nous présente en quelque sorte nos deux protagonistes. La cadence s’accélère. Quelqu’un meurt. Pas très loin d’ici, Rupert paraît abasourdi devant un flash info.

Quelques années plus tard, nous retrouvons Rupert Turner. Le jeune homme est devenu acteur et est interviewé dans un café de Prague. Il va revenir sur son enfance, et sur sa relation mystérieuse avec le désormais défunt John F. Donovan.

Tout ce qu’il ne faut pas faire pour survivre à Hollywood 

Le sort réservé à John F. Donovan est donc dévoilé assez vite. Cet élément est important car il donne une autre dimension à l’histoire qui nous est contée. Dolan met ainsi l’accent sur la manière dont Rupert s’est construit plutôt que sur les événements qui ont conduit John F. Donovan à la mort. Ce dernier paraît être l’incarnation d’une leçon de vie pour le jeune Rupert (ou tout ce qu’il ne faut pas faire pour survivre à Hollywood).

Des thématiques chères au réalisateur

En effet, l’œuvre de Dolan se base sur plusieurs thématiques qui lui sont chères. Naturellement, les difficultés rencontrées par un aspirant acteur sont exploitées. La famille Turner en est l’illustration parfaite, notamment grâce à la mère, Sam Turner (Natalie Portman) qui a échoué dans le milieu et aimerait que son fils, Rupert, s’en éloigne.

On notera d’ailleurs la performance de Natalie Portman dans son rôle de mère débordant d’amour mais souvent débordée par un enfant à l’ambition démesurée et au tempérament brûlant. Un jeu modéré, à la limite de la réserve, qui ne manque pas de vous pincer le cœur aux moments les plus judicieux.

La maternité est un thème récurrent dans les films de Xavier Dolan, et Ma vie avec John F. Donovan n’y manque pas. Les mères respectives de chacun des protagonistes auraient pu être omises. Au lieu de ça, les séquences maternelles sont parcimonieusement intégrées au récit. Elles justifient les maladresses qu’une mère dépassée peut commettre, et vont même jusqu’à définir la puissance de Rupert et John F. Donovan.

La quête de vérité

Comment pourrait-on traiter de Ma vie avec John F. Donovan sans parler d’intégrité ? Plus que jamais, Dolan place celle-ci au cœur de son histoire. Rupert et John F. Donovan ont beaucoup de points commun, notamment leur sexualité. L’acteur hollywoodien n’assume pas son homosexualité et c’est précisément le point qui fera tout flancher, le conduisant à la mort. Rupert, quant à lui, son modèle en leçon, ne commettra pas la même erreur. Il est d’ailleurs le symbole même de l’intégrité dans le film, appuyé par un monologue un peu trop télécommandé, lors de sa discussion avec la journaliste.

Sa plus grande introspection

Xavier Dolan signe ici sa plus grande introspection. À travers ses personnages, il se revisite, se corrige, s’aime et se déteste. Si l’on pourrait lui reprocher l’exploitation de morales directrices vues et revues, il les interprète néanmoins à sa manière. Il nous tarde maintenant de savoir quel angle Dolan adoptera pour nous présenter les valeurs chères à son cœur lors de son prochain film.

Benjamin Ramet

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