La forme de l’eau

Publié le 2 mars 2019

Modeste employée d’un laboratoire gouvernemental ultrasecret, Elisa mène une existence solitaire, d’autant plus isolée qu’elle est muette. Sa vie bascule à jamais lorsqu’elle et sa collègue Zelda découvrent une expérience encore plus secrète que les autres…

Un rapport aux monstres de plus en plus tendre

La forme de l’eau , de Guillermo del Toro nous embarque dans un conte dans lequel se confrontent la romance et l’horreur… de la réalité. En pleine guerre froide, Elisa (Sally Hawkins) s’éprend d’un homme amphibien (Doug Jones) alors qu’elle travaille comme agent d’entretien dans un laboratoire où les expériences sont tenues secrètes. Leur romance se verra bientôt perturbée par le glaçant Strickland (Michael Shannon), envoyé par le gouvernement pour s’assurer que les recherches profitent exclusivement aux américains.

Avec son long-métrage visuellement irréprochable, del Toro nous convie ici à une expérience originale qui nous apporte une bouffée d’air frais. Le réalisateur mexicain signe ici son plus plus grand film. Les acteurs, Sally Hawkins et Michael Shannon sont remarquables dans leur rôle, l’une attendrissante et fougueuse, l’autre distant et détestable.

Vous n’oublierez pas l’atmosphère du long-métrage de si tôt

La forme de l’eau vous hantera. L’atmosphère vivante et fertile du film se mêle à des décors soignés et à une bande son exceptionnelle (Alexandre Desplat) . Un bleu canard sublime de nombreuses séquences. Il apporte la fantaisie que la dure réalité semble réclamer tout au long de ce conte pour adultes.

Des personnages auxquels chacun peut s’identifier

En effet, si La forme de l’eau vous porte délicatement comme l’eau porterait votre corps dans un bon bain chaud un soir d’hiver, l’oeuvre vous rappelle sans cesse la réalité des choses, avec des thèmes comme le racisme ou l’homophobie. Mais la réalité, c’est aussi la solitude, et del Toro nous le fait comprendre à merveille dans son film. Chaque personnage est seul à sa manière, essayant de se raccrocher à quelque chose qu’il chérit.

Elisa est seule par son mutisme. Son ami Giles (Richard Jenkins) se retrouve souvent seul à cause de son homosexualité. Son amie Zelda (Octavia Spencer) est discriminée par sa couleur de peau. L’homme amphibien, quant à lui, subit un tas d’expériences puisqu’il ne correspond pas aux critères physiques établis par la société. La forme de l’eau , c’est la rencontre de personnes différentes qui aboutit à un spectacle plein d’amour et de bienveillance. L’amour des monstres de Mr. del Toro sert son film comme jamais.

La forme de l’eau révolutionne les classiques

On pourrait bien entendu voir en La forme de l’eau  un hommage à La belle et la bête. Cependant, ce film est en fait plus profond qu’une histoire d’amour entre deux personnes qui n’auraient à priori, rien à faire ensemble. Certes, l’amour est montré sans détour et d’une façon assez crue. Certaines scènes renvoient une ambiance sensuelle, pour ne pas dire sexuelle. Cette démarche apporte une sincérité au tout. Néanmoins, la réflexion de del Toro ne s’arrête pas en si bonne route. Au fut et à mesure, on se déchirera entre l’illusion et la réalité, se demandant où l’une commence et où l’autre finit.

Guillermo del Toro a réussi dans La forme de l’eau  ce qu’il avait réussi dans  Le labyrinthe de Pan. Il insère de la magie au monde réel, à l’Histoire, avec une crédibilité incontestable grâce à une parcimonie que nul ne saurait égaler. Rien n’est laissé au hasard, et si on se plaignait par mégarde d’un film traînant en longueur à certains moments, on pourrait aussitôt comprendre que cela ne fait que contribuer à nous faire assimiler des moments de tendresse magique qu’on n’aurait jamais imaginé.

Benjamin Ramet

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