Gueule d’Ange

Publié le 2 mars 2019

Une jeune femme vit seule avec sa fille de huit ans. Une nuit, après une rencontre en boîte de nuit, la mère décide de partir, laissant son enfant livrée à elle-même.

L'endurance d'une enfant

Présenté au Festival de Cannes 2018, Gueule d’Ange de Vanessa Filho, nous raconte l’histoire d’une mère déboussolée au point d’abandonner sa très jeune fille. Si le synopsis est ici assez simpliste, il n’en va pas de même pour la relation qu’entretiennent la mère et la fille. Marlène (Marion Cotillard) vient de se faire quitter par son énième mari et entraîne Elli (Ayline Aksoy-Etaix) dans son tourbillon de passions, mais surtout de caprices.

Gueule d’Ange: entre l’indignation et l’incompréhension

Gueule d’ange est un film qui vous fera juger. Il vous partagera entre l’indignation et l’incompréhension, ne vous donnant pas la réelle possibilité d’avoir une opinion objective sur Marlène, car on en sait finalement très peu sur les personnages, ce qui laisse une grande part à l’interprétation du spectateur. Bien sûr, on nous donne certaines informations des plus habituelles dans une vie de famille : notre protagoniste est une ivrogne, qui saute de maris en maris, ne semble pas très morale et par dessus tout, est une mère indigne. Sa fille d’une dizaine d’années, sur laquelle le film est en fait centré, materne sa mère et ne connaît pas son père. Pas évident de grandir dans tout ça !

Une relation mère-fille paradoxale

Il faut être honnête : cette fois, ce n’est clairement pas le personnage de Marion Cotillard qui nous pousse à rester sur notre siège. Marlène est détestable et les premières minutes du film sont douloureuses. Tout semble sans intérêt tant on se concentre sur la mère. Il faut dire que personne n’a envie de s’infliger presque deux heures où une « femme » fantasme devant la télé-réalité en buvant sa piquette. D’ailleurs tout semble si exagéré et aberrant chez l’actrice qu’on en vient à oublier qu’il pourrait s’agir de faits réels. Malgré ça, le personnage d’Elli vient sauver le film tout comme le personnage de Moonee avait sauvé Florida Project : la sensibilité et la maturité dont font preuve les enfants devant des parents incapables sont en fait captivantes.

Là où Gueule d’Ange nous dépeint un milieu prolétaire, où règnent l’incapacité et l’immoralité, Vanessa Filho veut surtout nous parler de deux êtres en manque d’amour et de rêves.

L’amour au centre du récit

Tout semble impossible pour Marlène, et sa fille Elli est tout ce qu’il lui reste même si elle ne semble pas vouloir s’en contenter : se réfugier dans un peu de télé-réalité semble judicieux ! Elli quant à elle, ne reçoit tout simplement pas l’amour qu’un enfant se doit de recevoir de ses parents. Et j’entends ici amour au sens large. Il pourrait suffire de simples conseils de vie, de mises en garde, qui permettraient à la jeune fille de filer droit. Mais Marlène préfère la couvrir de « je t’aime » qui sonnent si faux que même une gamine de 10 ans n’y croit pas. Alors quand tout va mal, et que la seule solution que l’on a évoquée à son enfant est le suicide, on s’étonne des conséquences.

Gueule d’ange est un film qu’il vous faut voir si vous prenez un malin plaisir à témoigner de l’irresponsabilité à l’état pur et ne suscitera d’intérêt que si vous parvenez à aller au-delà de la difficulté que l’on éprouve à s’identifier au personnage de Marion Cotillard.

 

Benjamin Ramet

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