Green Book

Publié le 7 mars 2019

Dans les années 1960, un travailleur américain d’origine italienne devient le chauffeur d’un pianiste afro-américain et l’accompagne dans sa tournée dans le Sud. Les deux hommes affronteront ensemble un ségrégationnisme ambiant.

Un film optimiste qui ne ferme pas les yeux sur les erreurs passées

« Inspiré d’une histoire vraie » en blanc sur fond noir. Sobre mais percutant. Le film commence à peine et il attise notre curiosité. Peut-être cette mention est-elle discutable ? Je ne connaissais pas l’histoire de Don Shirley, pianiste classique afro-américain. Juger de la véracité des informations me sera donc difficile, mais le film véhicule assez d’émotions et de valeurs pour en faire une exégèse. Focus sur Green Book.

Un duo peu commun

Deux classes sociales complètement opposées sont dépeintes pour nous présenter les personnages qui feront l’objet de tout notre intérêt. D’un côté, nous retrouvons Tony Lip, de son surnom, appartenant à la classe ouvrière. De l’autre côté, nous faisons connaissance avec Don Shirley, aisé et snob. Les deux protagonistes, qui n’ont à priori rien en commun vont être contraints de voyager ensemble pour servir leur intérêt personnel. Leur différenciation raciale n’est pas leur seule barrière, d’autant plus qu’elle repose sur un paradoxe. C’est ici l’homme noir qui fait la morale à l’homme blanc et qui se place culturellement et socialement au-dessus.

Un tel duo pourrait être empreint de haine et de racisme : chacun essaierait de s’arracher mutuellement des caractéristiques qu’il ne possède pas par essence. Cependant, le couple de voyageurs aussi drôle que déroutant nous montre tout l’inverse.

La crise identitaire de Don Shirley

La crise identitaire est au cœur du personnage de Don Shirley. Dans une Amérique ségrégationniste qui évolue doucement, les individus sont conditionnés à se penser dans des catégories raciales. C’est précisément ce mal dont est victime notre pianiste. Si on creuse un peu le personnage, on découvre que le Dr. Shirley est l’incarnation de l’incertitude de soi. En apparence fort et flegmatique, on découvre ses failles à mesure que l’on progresse dans le long-métrage. Il ne se retrouve pas dans l’archétype du noir américain peu cultivé, joueur de jazz et blues. En effet, il donnera plutôt des concerts de musique classique pour les riches propriétaires du Sud.  Sa couleur de peau apparaît comme un frein à la crédibilité de son art.

Green Book est un biopic héroïque

Néanmoins, Don Shirley reste animé par le désir de se mettre à nu dans un territoire scabreux. C’est le seul moyen pour lui de faire changer les mentalités. À la manière de Nat King Cole qui se fit attaquer par le Ku Klux Klan lors de son concert en Alabama en 1965, le docteur ne recule pas devant l’adversité. Même s’il ne réussit pas toujours à s’imposer au sein d’une foule blanche récalcitrante, sa simple présence au sommet des banquets en tant que pianiste classique est un gain de cause.

Tony Lip, quant à lui, est une leçon de tolérance à lui tout seul. Cet italo-américain au fort tempérament qui peut paraître rustre est le candidat idéal pour accompagner le pianiste lors de sa tournée dans le Sud. Sa carrure et son jeu verbal font de lui un compagnon que chaque voyageur aimerait avoir à ses côtés. D’abord rétif à l’idée de se plier aux volontés d’un homme snob et surtout, noir, sa situation financière le presse d’accepter le poste. Green Book transpose l’évolution des mentalités des sixties américaines dans ce personnage de Tony Lip. Le parallèle fait entre une scène du début du film ,et la scène de fin emplie d’un sentiment d’acceptation et d’harmonie, en témoigne.

Une structure rébarbative

Green Book trouve sa faiblesse dans sa construction qui inhibe toute surprise. À plusieurs reprises, un concert précède un problème, qui est suivi de sa résolution : une structure qui devient lassante.  Les scènes nous présentant Don Shirley au piano ne sont pas toutes justifiées et auraient trouvé plus de consistance si elles avaient eu un enjeu. La simple exposition d’un afro-américain jouant de la musique classique pour une population blanche ne suffit pas toujours à faire évoluer les personnages. Voir la discrimination de façon plus assumée, du point de vue de la réalisation, aurait donné plus d’ampleur au long métrage.

Green Book: des faits discutables

Le réalisateur Peter Farrelly aurait pu nous épargner les adages clichés. « Seule la dignité prévaut » reste en tête et Green Book n’avait pas besoin de ça pour défendre des valeurs. La dernière difficulté à laquelle se confronte le film est l’attirance du Dr. Shirley pour les hommes. Une courte scène est consacrée à cet aspect et elle n’enrichit le propos en aucuns cas. Elle a sûrement été introduite dans un soucis de cohérence avec le biopic, mais même dans ce cas, le pathos engendré par l’accumulation de la couleur de peau, et de l’orientation sexuelle tend plutôt au ridicule au lieu d’émouvoir le spectateur.

Pour finir, Green Book axe sont récit sur le point de vue de Tony Lip, un homme blanc. L’approche est regrettable lorsque l’on sait que le Green Book était un guide de voyage où étaient recensés les endroits susceptibles d’accueillir la population noire, dans le Sud des états-unis. Il aurait été approprié de choisir le point de vue de Don Shirley pour nous raconter cette histoire : on ne voit le pianiste qu’après la première demie-heure…

Un brin d’air frais pour aérer les mentalités

Green Book réjouit son public malgré tout. Personnellement, je m’attendais à un film au ton plus grave en me rendant en salle. Finalement, c’est une légèreté à toute épreuve qui ressort du film. Ce traitement réservé à un climat aussi tendu que celui du Sud des états-unis est authentique. Le film transpire d’optimisme sans pour autant fermer les yeux sur les erreurs passées.

Benjamin Ramet

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