Dogman

Publié le 2 mars 2019

Dans une banlieue déshéritée, Marcello, toiletteur pour chiens discret et apprécié de tous, voit revenir de prison son ami Simoncino, un ancien boxeur accro à la cocaïne qui, très vite, rackette et brutalise le quartier. D’abord confiant, Marcello se laisse entraîner malgré lui dans une spirale criminelle. Il fait alors l’apprentissage de la trahison et de l’abandon, avant d’imaginer une vengeance féroce…

La légitime défense à son paroxysme

Tel un funambule penchant un moment vers la vie, et l’autre moment vers la survie. Marcello se donne malgré lui en spectacle : un moment, sensible et attendrissant; l’autre moment, violent et imprévisible. Marcello est victime de son environnement et c’est l’épée de Damoclès qui lui plane au-dessus de la tête qui nous cloue au siège et développe chez nous une envie de voir notre protagoniste s’en sortir. Focus sur Dogman.

Présenté au Festival de Cannes 2018, Dogman dépeint un univers sombre et accablant dans une banlieue italienne. Marcello (Marcello Fonte) est toiletteur canin et mène une vie plutôt tranquille jusqu’à ce que son ancien ami, Simoncino (Edoardo Pesce), soit libéré de prison.

Simoncino, auteur de nombreux délits et accroc à la cocaïne, se fait respecter par son personnage de brute épaisse. Il va perturber le quotidien de Marcello en le conviant à ses sorties pour le moins discutables. De plus en plus violent à mesure que le film progresse, le quartier préfèrerait le voir mort.

Une réalité crue

Dogman débute et nous sommes déjà atterrés par un molosse, babines retroussées, qui ne cesse d’aboyer. On nous annonce dès lors la couleur : pas d’artifices, de paillettes ou d’embellissement de la réalité ici. Seulement notre prolétaire, sa banlieue et ses problèmes (et pas des moindres). Cette scène se révèle d’ailleurs être un angle de choix pour nous présenter le protagoniste, Marcello. Il toilette, non sans peine, le molosse qui n’hésiterait pas à lui arracher la main si l’occasion se présentait. Avec son bon vouloir qui s’arrête là où l’animal le décide, Marcello se démène et ruse pour accomplir sa tâche. Et c’est ce qu’il fera tout le long du film.

Dogman est un film qui fait vivre une pression constante à ses personnages, au risque de les voir dépérir mentalement et commettre l’irréparable. Mais c’est aussi un parfait tableau de ce qu’il se passe lorsque chacun est garant de sa propre sécurité. Matteo Garrone ne nous présente pas ce film dans le but de trancher notre avis sur le fait de faire justice soi-même. Ça ne l’intéresse pas. Le réalisateur nous montre plutôt, de front, ce qu’il se passe au moment précis où l’on décide de faire justice soi-même.

Toujours porté sur l’action et sa préméditation, mais jamais sur ses conséquences, son œuvre s’appuie sur des plans directs sans pour autant tomber dans un voyeurisme malsain. Les couleurs tirant sur le jaune nous rappellent sans cesse l’espoir sale dans lequel baigne le quartier, et la proximité avec la mer paraît aussi bien être un échappatoire qu’un rideau de fer entre un monde régi par des lois, et un monde régi par soi. 

Dogman: la descente dans la folie

Le plan que concocte Marcello, si inattendu par rapport au personnage que l’on a appris à connaître, nous abasourdit une dernière fois. On en vient à une montée délirante dans un élan de perversion, le tout saupoudré de cocaïne. On se demande d’ailleurs si le personnage  de Marcello n’aurait pas été encore plus impactant s’il n’avait pas été sous l’emprise de stupéfiants lors du dénouement. Avait-on besoin de cela pour justifier une folie meurtrière ?

Puis, venons en aux chiens. Dogman sonne comme un titre qui désigne Marcello sous tous ses aspects. Un homme-chien qui ne peut trouver consolation qu’à travers ces derniers lorsque la situation devient critique. Un homme-chien empreint d’une animalité grandissante au cours de l’histoire, qui finit par s’y perdre. Et enfin, un homme-chien tant il est proche de la bête, du monstre que tout le monde craint.

Il vous faut voir Dogman car c’est un récit qui secoue et ne laisse pas indifférent. La maîtrise de Matteo Garrone dans la narration est un grand plus dans ce film, qui n’en montre jamais trop pour laisser l’audience cogiter. En effet, rien n’est jamais blanc ou noir dans Dogman et on sort de là avec des bribes de scènes dans la tête, en nous demandant si l’innocent n’est finalement pas coupable.

Benjamin Ramet

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